Histoire des tambours de Portneuf

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La région de Portneuf, située à l’ouest de la ville de Québec, fut habitée par les colons d’origine française dès le 17e siècle.

  Sommaire  

 ORIGINES

JPEG La région de Portneuf, située à l’ouest de la ville de Québec, fut habitée par les colons d’origine française dès le 17e siècle, dont mes ancêtres paternels et maternels. La première influence musicale était donc de la France.

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Au début des années 1800, suite à la Conquête Anglaise , plusieurs seigneuries sont passés sous la domination de riches marchands anglophones dont la Baronnie de Portneuf (Ville-Portneuf actuellement) et celle de Bourg-Louis (région de Saint-Basile-Saint-Raymond).

À Portneuf, le dernier seigneur, Edward Hale s’intéressait au commerce du bois, aux pâtes et papiers et à la construction maritime. Né dans le nord de l’Angleterre, il décède à Québec en 1862. Au cours de son administration , il mis en valeur les 4ème, 5ème, 6ème et 7 ème rangs de ce village et fit venir des colons irlandais. Son père faisait partie de l’armée de Wolfe en 1759. D’autre part la seigneurie de Bourg-Louis était la propriété de la famille Panet dont un de ses membres, Bernard-Antoine , avec son épouse Hariett Antill , emmenèrent aussi des colons irlandais et écossais pour développer cette région située un peu à l’écart des villages francophones.

En cette époque où l’Angleterre se tournait vers l’Amérique pour s’approvisionner en bois, M Hale et Mme Antill établirent deux foyers de colonisation anglophone dans le comté de Portneuf qui regorgeait de forêts matures, dont des pins blancs géants.

La première colonie, fondée au nord de l’actuelle ville de Portneuf (et à l’est de Saint-Gilbert), se nommait Halesborough. La deuxième se situait au sud de l’actuelle ville de Saint-Raymond , et à l’est de Saint-Basile , dans le secteur du Grand rang et était connue sous le vocable de Bourg-Louis. Il semble qu’Halesborough ait été colonisé principalement par des immigrants protestants alors que la Seigneurie de Bourg-Louis se vit défrichée par des arrivants des deux confessions ; catholiques et protestants.

D’après les inscriptions sur les pierres tombales des deux cimetières protestants ( encore existants ), il ressort que ceux qui y sont enterrés provenaient principalement des comtés d’Antrim et de Tyrone, situés dans le nord de l’Irlande et près des côtes de l’Écosse (Lowlands). Ceci expliquerait que les patronymes de ces colons tels : Burns, Jess, Gilpin, Gillespie, Marshall, White, Welsh, Bonnellie, Kingsborough,etc, sonnaient très peu Irlandais. Notons qu’ils étaient de confession anglicane (protestante) tout comme l’élite anglaise de l’époque.

Les irlandais catholiques , eux ; ne construisirent pas d’églises et se rapprochèrent des catholiques francophones qui vivaient de chaque côté de Bourg-Louis ; à Saint-Basile et à Saint-Raymond. Ils vivaient près du secteur de la rivière Portneuf et du rang Sainte-Angélique. Les noms des catholiques étaient différents ; Cleary , Shanahan , McHugh , McCarthy , Henesssy , Lawless , Meehan , etc. On peut encore voir , à Saint-Basile-de Portneuf , les monuments de ces familles ; avec des inscriptions en anglais , parmi les pierres tombales des francophones. Nous avons parlé avec une descendante de la famille McCarthy et l’ancêtre venait du comté de Kerry situé dans le sud-ouest de l’Irlande. Un ami me disait que ce groupe d’irlandais ont continué longtemps à fêter la Saint-Patrick comme communauté et que jusqu’au années 1930-1940 ; cette fête durait une semaine à se voisiner d’une maison à l’autre ; les chevaux restant attelés des jours durant à l’extérieur ! Plusieurs familles de francophones m’ont rapporté que leurs pères ou leurs grands-pères aimaient se rendre dans ce secteur pour faire la fête et danser.

Même chose pour Halesborough ; mon propre grand-père fréquentais la famille Gilpin dans sa jeunesse pour participer à des veillées de danse.

Le « boom » de l’exploitation forestière terminé, une partie des colons repartirent pour le Canada anglais et les États-Unis, tandis que d’autres s’installèrent pour de bon.

La disponibilité des terres cultivables devenant rare dans leurs paroisses, les francophones commencèrent à acheter des propriétés irlandaises et s’installèrent dans ces deux colonies. Plus tard, un autre phénomène est survenu ; la majeure partie d’ Halesborough se vit progressivement abandonné et plusieurs familles descendirent vivre dans le village de Portneuf-Station ce qui eu pour effet de mettre ces deux cultures en contact.

 TAMBOURS et MUSIQUE

Il semble qu’une ou plusieurs familles, d’une ou des deux colonies, arrivèrent avec des tambours et en jouèrent pour accompagner le violon, tout comme on utilise le bodhran pour accompagner la musique en Irlande. Plusieurs personnes m’ont mentionné qu’il y aurait même eu certains tambours fabriqués d’une peau de chien.

À la même époque, le répertoire des musiciens francophones s’enrichit de pièces irlandaises, écossaises et anglaises. C’est ainsi que pendant plus d’un siècle (1830-40 à 1985-90) ce tambour accompagna la musique traditionnelle et parfois la chanson dans le comté de Portneuf.

J’ai grandi dans une famille francophone de Portneuf-Station où la musique traditionnelle était présente. Mon arrière-grand-père maternel était violoneux, mon arrière-grand-mère maternelle pianiste , ma grand-mère ; pianiste et organiste ( à l’église) et mon père et ma mère ; accordéonistes. Ce fut donc dans ma jeunesse que je fus mis en contact avec ces tambours lors de veillées et événements locaux populaires.

Au début des années 80 ( fin 1970), je fis la connaissance de M. Adrien Dubuc, de Saint Raymond, dernier faiseur de tambour, qui habitait non loin de la chapelle protestante de Bourg-Louis. Ce dernier contribua grandement à faire connaître cet instrument en accompagnant les musiciens dans de nombreux galas et festivals et en vendant beaucoup de tambours. C’était un bon ami du célèbre violoneux André Alain et de Jack McCarthy ; joueur d’accordéon et de tambour.

Une famille de Portneuf me donna le tambour de Mendoza Alain, cousin d’André Alain et j’allai en 1983 le faire réparer par M. Dubuc (décédé en 1988) qui m’initia alors à leur fabrication.

Je décidai en 2005 d’en fabriquer un moi-même et j’empruntai les outils que possédait encore la famille de M. Dubuc. Je commençai à me mettre en quête d’information et me rendis vite compte qu’il ne restait plus que quelques personnes qui pouvaient encore m’en parler et ce de façon fragmentaire. En procédant par essais et erreurs, j’ai pu maîtriser la technique traditionnelle de fabrication. Soit de plier une planche de frêne et d’y ajuster une peau de veau mort-né, tannée artisanalement en la cousant avec du fil ciré à l’aide d’une alêne.

Finalement, allant de découvertes en découvertes, j’ai pu faire les constats suivants ;

J’ai retrouvé plus de vingt instruments encore présent dans une quinzaine de familles du comté de Portneuf couvrant un secteur allant de Ville-Portneuf à Saint-Raymond-de-Portneuf passant par Saint-Basile-de-Portneuf, Sainte-Christine d’Auvergne, Pont-Rouge et Saint-Léonard-de-Portneuf. Ce secteur correspond au centre de l’ancien comté de Portneuf à partir du fleuve jusqu’aux montagnes. Le diamètre de ces tambours varient de 14 à 18 pouces (35 cm à 45 cm).

Tous ces tambours ont été fait selon la même technique : cadre de bois plié à l’eau chaude (ou à la vapeur) avec une peau de veau ou de vache tannée artisanalement et cousue sur un cercle de métal ajusté avec des équerres et des écrous-papillons de métal. Tous se jouent avec une mailloche de bois à un bout et plusieurs de celles-ci ont une cordelette attachée au plus petit bout pour y insérer un doigt.

Mentionnons qu’aucun instrument n’a été retrouvé dans les villages entièrement francophone. Même chose pour le triangle de Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier, Shannon et Saint-Gabriel-de-Valcartier ainsi que Saint-Malachie dans Bellechasse.

L’usage de ce tambour a influencé la pratique de la musique traditionnelle : on a vu des personnes utiliser une boite de céréale (carton) comme tambour, d’autres une bouteille vide ou une caisse de bière. D’autres jouaient du tambour avec la main, sans mailloche donc. Lors de nos recherches, j’ai recueilli plusieurs photos de joueurs se produisant dans des festivals ou des fêtes familiales. J’ai aussi retrouvé et acheté en Pennsylvanie un tambour identique en tous points à ceux de la région, assez vieux, et qui provenait d’un comté où il y eut de la colonisation irlandaise . Ceci viendrait confirmer l’origine irlandaise de l’instrument .

J’ai demandé aux derniers descendants parlant encore anglais à Ville Portneuf quel était le terme utilisé autrefois et ils m’ont tous dit que leur famille nommait l’instrument tambourine. Ils ne connaissaient pas le vocable bodhran.

Actuellement, l’usage de ce type de tambour est presque éteint car il semblerait que plusieurs joueurs d’accordéon (instrument qui domine présentement) et/ou de guitare étaient incommodés par la mauvaise utilisation du tambour (coups trop forts et mal accordés). De plus les jeunes musiciens semblent préférer le bodhran ou le djembe africain.

Enfin, il y aurait des tambourines en Irlande et en Écosse qui ressembleraient aux tambours à mailloche (ou vice-versa) . En 2009 , j’ai trouvé sur le réseau You Tube des vidéos des années 1970 montrant des musiciens du comté de Clare jouant avec des tambours identique à ceux de Portneuf et utilisant une mailloche simple. Dans les sites de référence sur le Web parlant des bodhrans ; il est fait mention que cette technique de jeu (mailloche simple) est reliée au comté de West Limerick située dans le sud-ouest de l’Irlande , ce qui est très intéressant ; les McCarthy du comté de Portneuf venant du Kerry , comté voisin . Et les vidéos mentionnés précédemment ayant été tournés dans le comté de Clare ; aussi voisin du Limerick !

Des recherches plus poussées nous permettraient d’autres découvertes sur le sujet , c’est pourquoi je me propose de me rendre en Irlande pour continuer cette recherche ( voir texte sur voyage en Irlande = Projet de recherche en Irlande )

Si des lecteurs possèdent de l’information sur le sujet, je serais très heureux d’en prendre connaissance.

Gaétan Morissette

Adresse : 780 , rue Notre-Dame , Ville-Portneuf , Québec , G0A 2Y0

No de téléphone : 418-286-2211

Courriel : gaetanmorissette@hotmail.com