Fabrication des tambours de Portneuf

De tous temps, les humains ont fait des tambours dans le monde.

Dans la région de Portneuf, les gens ont continué à reproduire les techniques employées à l’arrivée de ces instruments. En Irlande et en Écosse ; le frêne est souvent rapporté pour la fabrication du cadre et on se servait de chèvres et de chiens pour la peau.

Il nous a été dit que des peaux de chiens (et de loups) furent posées ici sur des tambours à mailloche ( à Portneuf-Station et dans le secteur Saint-Léonard- Saint-Raymond de Portneuf ) mais la peau de veau mort-né fut adoptée par la majorité de ceux qui ont fait des tambours .

Comme l’agriculture constituait le mode vie de beaucoup de familles, il était facile de se procurer ce matériel. De plus , la peau d’un veau naissant est très mince et conséquemment, donne une bonne sonorité , une fois installée sur le tambour.

Lors de nos recherches , nous avons constaté que la notion de ¨peau de veau¨ est encore très présente dans le savoir populaire des gens âgés de plus de cinquante ans.

 CADRE DE BOIS

Typiquement , les tambours de Portneuf furent fabriqués à partir d’une planche de frêne (appelé franc-frêne ou frêne d’Amérique). Nous avons aussi personnellement utilisé des planches de tremble. Il faut choisir une planche au fil très droit et sans nœud. On calcule sa longueur en fonction du diamètre choisi.

Deux joints à angle droit et inverse sont taillés à chaque bout. Ceux-ci s’emboitent l’un dans l’autre lors de l’opération de pliage. Certains avaient des joints taillés en biseau. Le but est de réunir les deux bouts de façon la moins apparente.

M. Adrien Dubuc collait ce joint en y faisait adonner une des équerres boulonnées (voir plus loin ) , ce qui maintient le cerceau bien en place.

D’autres inséraient des rivets en cuivre comme ceux utilisés dans les attelages en cuir pour les chevaux. Notons en passant que le forgeron du coin était mis à contribution pour ces tambours ( source M. Malcom Kingsborough).

Pour plier cette planche de façon à en faire un cercle parfait, il faut la faire tremper dans de l’eau bouillante ou la passer dans de la vapeur. M. Dubuc s’était fait fabriqué une panne rectangulaire en tôle( avec couvercle) qu’il plaçait sur de petits poêles électrique. D’autres nous on indiqués qu’ils se servaient des sources de vapeur présente dans les usines du coin, comme le moulin à papier des Ford à Portneuf-Ville.

Une fois le bois bien chauffé et détrempé, il peut se plier. La seule source dont avons eu accès visuellement est encore M. Dubuc. Il s’était fait faire des moules en acier (cercles de métal). Le bois est coincé à un bout avec un serre-joint à la sortie du bain. Il faut mettre un coussinet en carton ou en bois entre le fer du moule et le bois pour éviter de tacher. En exerçant une pression ferme et constante ; le frêne obéit et épouse la forme circulaire du moule. On place des serres-joints tout le tour. Après plusieurs jours, on relâche et on colle le joint et on resserre. Le cadre pourra être démoulé après un certain temps. Certains l’ont peinturé et d’autres mettaient un vernis. Le cadre pouvait aussi être laissé sur le bois naturel.

Personne n’a pu nous renseigner sur les anciens moules. Yvan Gignac de Saint-Gilbert nous disait que son père moulait des colliers pour chiens en frêne en les faisant tremper dans l’eau chaude à la cabane à sucre et en les pliant sur un érable vivant !

 PEAU

La majorité des exemplaires retrouvés ont des peaux de veau et/ou de vache ; tannées artisanalement. M. Dubuc a fait tanné des peaux par une tannerie de Québec et en achetait aussi au Village des Hurons (Wendaké), près de la ville de Québec.

M. Malcom Kingsborough de Portneuf-Station nous disait que son père avait utilisé la peau d’un gros chien et l’avait fixé à l’aide de clous sur une porte de grange où elle séchait au soleil et aux vents. Il la frappait régulièrement avec un bâton pour l’assouplir.

Les gens de Saint-Gilbert faisaient tremper des peaux de vache dans une solution d’eau et de chaux et cela permettait de faire tomber le poil. Ils la sortaient ensuite et la grattaient avec une pelle (source M. Antonio Baril de Portneuf-Station). Nous avons donc employé ce principe pour faire tomber le pelage des deux peaux de veau mort-né (et d’un coyote) qui nous ont été donnés.

Premièrement , comme font les trappeurs , on doit placer la peau (avec des clous) sur une surface de bois les poils en-dessous, et l’étirer le plus possible. On y met du sel ce qui aide à retirer le sang et les fluides. Par la suite , on gratte pour enlever le gras.

Ensuite ; on lave la peau et on la met dans une chaudière de plastique dans de l’eau et de la cendre de bois franc. On brasse de temps en temps pendant plusieurs jours. En vérifiant régulièrement (avec des gants et des lunettes), on peut déceler le moment ou les poils se détachent en tirant dessus.

On relave la peau à grande eau et on la place sur une surface lisse convexe , comme un tuyau de plastique par exemple, et à l’aide d’un grattoir aux coins arrondis, comme ceux utilisés par les trappeurs, on enlève les poils et la première couche de peau. On obtiendra une peau blanchâtre et lisse.

On relave la peau à l’eau savonneuse et on la fait tremper dans une nouvelle solution constituée d’alun et de borax ; on la laisse dedans au moins une semaine ; elle deviendra très blanche et finalement on la ressort, la relave et la recloue sur un panneau de bois ou on l’étire au maximum ce qui va l’amincir. A noter que rendu à cette étape ; lors du séchage , on pourra voir l’image de la colonne vertébrale en foncé au centre de la peau.

Cette peau sera cousue sur le cercle de métal avec du fil ciré.

 CERCLE DE FER ET ÉQUERRES

Tous les tambours retrouvés ont un cerceau de métal fait en fer rond soit soudé ou forgé. Il sert à soutenir la peau.

Des équerres en fer, boulonnées au cadre de bois servent à tenir des crochets( via un trou). Ces crochets ont à l’autre extrémité un écrou-papillon qui permet d’augmenter la tension(et donc la sonorité) de la peau. Certains tambours ont des crochets forgés.

 MAILLOCHE (BÂTON)

Tous les tambours se jouaient avec une mailloche en bois à un bout, et le plus souvent fait en érable.

Certains perçaient un trou dans le gros bout et y coulait du plomb afin de l’alourdir et ainsi augmenter la sonorité.

Le petit bout a toujours une cordelette enfilée dans un trou ou un œillet de métal qui sert à retenir celle-ci à un doigt .